
Depuis des années, le plan au Saguenay était clair.
Tout pointait vers la saison 2025-2026.
Après des décennies de frustrations et d’occasions ratées, les Saguenéens de Chicoutimi ont finalement répondu aux immenses attentes entourant l’organisation en remportant leur premier championnat de la LHJMQ depuis 32 ans, obtenant ainsi leur billet pour la Coupe Memorial 2026.
Maintenant, les « Bleus » prennent la direction de l’Ouest canadien avec l’ambition de conclure l’un des projets les plus ambitieux que la ligue ait vus depuis longtemps.
Dirigée par l’entraîneur-chef Yanick Jean — lui-même membre de l’équipe championne de 1994 — la formation se construisait patiemment depuis plusieurs saisons. Mais lorsque la direction a senti que la fenêtre d’opportunité était réellement ouverte, elle a décidé d’aller all-in.
La date limite des transactions a marqué un véritable tournant.
Déjà parmi les meilleures équipes du circuit en début de campagne, Chicoutimi a agressivement renforcé son alignement en ajoutant expérience, profondeur et leadership. Peu d’acquisitions se sont avérées aussi importantes que celle du défenseur Jordan Tourigny, qui amenait avec lui une expérience de la Coupe Memorial acquise avec les Cataractes de Shawinigan en 2022.
Le résultat : l’un des alignements les plus complets de l’histoire récente de la LHJMQ.
Un parcours éliminatoire forgé dans l’adversité
Pendant une bonne partie des séries, les Saguenéens ont semblé pratiquement imbattables. Le club a balayé les deux premières rondes, éliminant successivement les Mooseheads d’Halifax et les Remparts de Québec en quatre matchs chaque fois.
Leur affrontement en demi-finale contre les coriaces Huskies de Rouyn-Noranda a finalement forcé les champions à traverser leur première véritable dose d’adversité avant de l’emporter en six rencontres. Cette série a peut-être été la préparation parfaite avant la grande finale.
Le duel ultime contre les champions en titre, les Wildcats de Moncton, semblait inévitable depuis des mois. Un seul point séparait les deux puissances au classement général, Moncton terminant finalement au premier rang du circuit.
Et la finale a été à la hauteur des attentes.
Après quatre matchs, la série était égale 2-2 avant qu’un des moments les plus marquants de toute la saison dans la Ligue canadienne de hockey ne survienne lors du cinquième affrontement.
En visite à Moncton, Chicoutimi tirait de l’arrière 4-0 tard en deuxième période. Le match — et peut-être même la série — semblait leur échapper.
Puis tout a basculé.
Les Saguenéens ont inscrit six buts sans réplique pour complètement renverser les Wildcats dans une victoire spectaculaire de 7-6, prenant ainsi une avance cruciale de 3-2 dans la série.
Deux jours plus tard, devant une foule survoltée au Centre Georges-Vézina, la mission était accomplie. Chicoutimi a dominé le sixième match du début à la fin pour signer un gain convaincant de 5-1 et mettre fin à une disette de championnat qui hantait la région depuis plus de trois décennies.
Pourquoi Chicoutimi peut gagner la Coupe Memorial
Il est difficile d’identifier de véritables faiblesses dans cet alignement.
À l’attaque, les Saguenéens possèdent une profondeur impressionnante, leur troisième trio pouvant rivaliser avec plusieurs premiers trios du circuit. À la ligne bleue, le trio composé de Alexis Bernier, Tourigny et Tomas Lavoie apporte leadership, calme, mobilité et production offensive.
Et il y a évidemment le gardien.
Même avant l’arrivée de Lucas Beckman en provenance du Drakkar de Baie-Comeau, Chicoutimi était déjà solide devant le filet. Beckman a simplement élevé le niveau d’un cran supplémentaire.
Les unités spéciales ont également joué un rôle majeur durant les séries. Le jeu de puissance des Saguenéens a roulé à un impressionnant taux d’efficacité de 31,8 %, tandis que le désavantage numérique a maintenu un rendement respectable de 80 %.
Le seul point d’interrogation demeure peut-être la discipline.
Chicoutimi a été l’une des équipes les plus punies des séries éliminatoires de la LHJMQ — une tendance risquée dans un tournoi aussi court où chaque erreur peut coûter cher.
Quatre joueurs à surveiller
Lucas Beckman
Ses statistiques parlent d’elles-mêmes.
Beckman a compilé 16 victoires, une moyenne de buts alloués de 1,98 et un pourcentage d’arrêts de ,918 durant les séries. Acquis précisément pour des moments comme ceux-ci, le vétéran gardien a démontré à plusieurs reprises qu’il pouvait voler des matchs à lui seul.
Maxim Massé
Auteur d’une saison de 100 points et choix de troisième ronde des Ducks d’Anaheim en 2024, Massé demeure le moteur offensif de l’équipe.
Même si sa production est restée constante en séries — six buts et 24 points en 20 matchs — Chicoutimi aura probablement besoin de grands moments de son joueur vedette pour espérer soulever un autre trophée.
Mavrick Lachance
L’une des acquisitions les plus sous-estimées de la saison.
Depuis son arrivée en provenance du Phoenix de Sherbrooke à Noël, Lachance a complètement transformé le bottom-six de Chicoutimi grâce à son énergie, son jeu physique et sa contribution offensive.
Avec 23 points en séries, il arrive au deuxième rang des pointeurs de l’équipe derrière Massé.
Jordan Tourigny
L’expérience compte dans un tournoi aussi court.
Tourigny fait partie des rares joueurs présents à avoir déjà vécu l’expérience de la Coupe Memorial, un atout qui pourrait s’avérer précieux au fil d’une semaine aussi intense.
Le vétéran défenseur a également haussé son jeu offensif dans les moments importants, récoltant 16 points en séries.
Le défi qui attend les Saguenéens
La dernière équipe de la LHJMQ à avoir remporté la Coupe Memorial demeure les Remparts de Québec en 2023 sous les ordres du légendaire Patrick Roy.
Maintenant, Chicoutimi tentera à son tour de ramener le trophée au Québec.
Sur leur route se dresseront les hôtes du tournoi, les Rockets de Kelowna, les champions de la WHL, les Silvertips d’Everett, ainsi que les champions de la OHL, les Rangers de Kitchener.
Plusieurs observateurs considèrent déjà Everett comme l’équipe à battre, ce qui rend le premier match des Saguenéens particulièrement important. Avec trois matchs du tournoi à la ronde disputés en seulement quatre jours, un bon départ pourrait complètement changer le portrait du tournoi.
Et après 32 ans d’attente, personne au Saguenay n’est prêt à voir cette aventure prendre fin.